L’INSUFFISANCE DES PRATIQUES ENSEIGNANTES À L’UNIVERSITÉ DE LOMÉ (TOGO), Dègnon BAGAN (Université de Lomé Togo)
Si les enseignants de l‟Université de Lomé ont les connaissances et les
compétences scientifiques dans leurs domaines respectifs, il manque un cadre
formel pour les préparer à la profession d‟enseignant avant leur entrée dans
l‟enseignement supérieur ou en cours de carrière. Quashie (2005, mai) souligne :
« (…) l‟enseignement est la tâche à laquelle tous [enseignants] sont astreints, mais
justement c‟est sur ce point là que nous ne sommes pas du tout formés » (p.6). La
pratique enseignante garde, pour une large part, un caractère classique qui fait que
l‟enseignant expose ettente de transmettre le savoir à l‟apprenant qui, en retour,
s‟efforce de le retenir et de le restituer.
Les enseignements ne font pas objets de supports de cours dûment
préparés, c‟est-à-dire de documents présentant clairement les sommaires et les
contenus ainsi que les objectifs des enseignements. Des cahiers de cours que nous
avons consultés (6 cahiers de différents cours en droit, 5 cahiers en histoire, 4
cahiers en géoscience, dont un support de cours), aucun ne mentionne les objectifs
pédagogiques, et ces objectifs ne sont pas communiqués, selon les étudiants. Seul
le support de cours de géoscience contient des objectifs. Sans supports de cours, la
grande majorité des étudiants ne sait ni ce que les enseignants veulent qu‟ils
manifestent comme comportements à la fin des séances de cours (à court terme) ou
des enseignements (à moyen ou long terme), ni comment les enseignants veulent
qu‟ils parviennent à ces comportements. Il y a un problème de mise en situation du
savoir ; cette mise en situation pouvant être facilitée par des discussions
d‟hypothèses d‟objectifs avec les étudiants (Jonnaert & Borght, 2006).
Or le vécu scolaire des étudiants ne les prépare pas à mieux aborder les
études supérieures. La lecture du Plan d‟Action National de l‟Éducation pour tous
2005-2015 montre que les conditions d‟apprentissage des élèves du secondaire au
Togo sont toujours difficiles et peu favorables à une formation de qualité (MEPS,
2005). À l‟Université de Lomé, il n‟est pas institué une initiation à la vie et au
travail universitaires à l‟intention des étudiants. Seuls l‟École Supérieure
d‟Agronomie (ESA) depuis 2009, le Centre Informatique et de Calcul (CIC) en
2012 et l‟École Supérieure de Secrétariat de Direction (ESSD) en 2014 ont institué
la formation de leurs étudiants aux méthodes de travail universitaire. Ces
insuffisances posent des handicaps à un bon apprentissage de la part des étudiants.
Leurs difficultés en apprentissage concernent surtout la prise de notes au cours, l‟expression (s‟exprimer correctement) ; le résumé de cours ou de texte (résumer
correctement un cours ou un texte) ; la bonne compréhension des graphiques ou
schémas/lois, décisions ou arrêts de justice dans les cours ou dans les lectures ; la
mémorisation ; la comparaison des approches ou des points de vue différents ; la
résolution des problèmes posés dans un exercice ; l‟argumentation d‟un point de
vue (Bagan, 2015).
La situation, telle qu‟elle se présente, ne témoigne pas de l‟existence d‟un
contrat didactique convenu entre les acteurs, que sont les enseignants et les
étudiants, et n‟augure pas un processus d‟enseignement-apprentissage réussi. Ainsi,
l‟apprentissage ou l‟acquisition des savoirs n‟est pas efficace, eu égard aux
résultats des étudiants. En effet, les résultats de la formation, surtout au cycle
licence, sont régulièrement faibles (UB, 2001 ; UL, 2004 ; UL., 2005 ; UL., 2006).
Avec la capitalisation des crédits ou la validation des Unités d‟Enseignement dans
le nouveau modèle de formation (système LMD), les résultats ne semblent pas
meilleurs que ceux mentionnés précédemment.
Des données obtenues à partir des statistiques de la DAAS (Direction des
Affaires Académiques et de la Scolarité) sur la capitalisation des crédits à
l‟Université de Lomé ont concerné la Faculté des lettres et sciences humaines
(FLESH), la Faculté des sciences (FDS), la Faculté de droit (FDD) et la Faculté des
sciences économiques et de gestion (FASEG). Ont été pris en compte des étudiants
ayant fait trois inscriptions annuelles et ceux ayant fait quatre inscriptions
annuelles à l‟échéance de l‟année académique 2012-2013. Après trois inscriptions,
soit 6 semestres d‟apprentissage, 1 étudiant sur 2176 a capitalisé les 180 crédits
nécessaires pour obtenir la licence à la FLESH ; 1 étudiant sur 683 a obtenu la
licence à la FDS. À la FDD, aucun étudiant sur 715 n‟a capitalisé les 180 crédits
pour avoir la licence. À la FASEG, 1 étudiant sur 1481 a capitalisé les 180 crédits
nécessaires pour obtenir la licence. Une inscription supplémentaire n‟a permis
d‟améliorer que légèrement les résultats des étudiants. À la FLESH, 86 étudiants
sur 2480 ont réussi à capitaliser les 180 crédits ; à la FDS, 58 étudiants sur 826 ont
capitalisé les 180 crédits ; à la FASEG, 8 étudiants ont franchi les limites des 180
crédits. Il est notable qu‟après 4 inscriptions, soit 8 semestres, aucun étudiant de
droit sur 709 n‟a capitalisé les 180 crédits pour obtenir la licence.
Dans l‟ensemble, la faiblesse des résultats marque également la
capitalisation des crédits dans le système LMD, et cela montre la lenteur de la
progression des étudiants. En droit public, pour 46 étudiants inscrits en 2010 et
ayant effectué 5 semestres d‟apprentissage en 2012-2013, le rythme moyen de
capitalisation des crédits a varié de 6 crédits à 24 crédits capitalisés par semestre au
lieu de 30 crédits. Ce rythme a varié de 8 crédits à 21 crédits pour 57 étudiants
inscrits en 2009 et ayant effectué 7 semestres de formation ; de 10 à 17 crédits pour
14 étudiants inscrits en 2008 et ayant passé 9 semestres dans le parcours ; enfin de
8 à 14 crédits pour 4 étudiants de 2007 ayant effectué 11 semestres d‟apprentissage
(Bagan, 2015). En géoscience, la même enquête a donné les résultats suivants : un
